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Regards croisés sur le 11 septembre / Perspectives on 9/11

Symposium organisé sous l’égide du LERMA (E.A. 853, Aix-Marseille Université), en collaboration avec l’équipe ERIC LINT (Programme « Projet Lower Manhattan », Figura, UQAM, Montréal) les 7-9 octobre 2010 à Aix-en-Provence.

Comité scientifique : Gérard Hugues, Sylvie Mathé, Richard Phelan et Sophie Vallas pour le LERMA ; Annie Dulong et Bertrand Gervais pour ERIC LINT.

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Appel à communications Symposium international

Ce symposium portera sur le 11 septembre et son impact aux Etats-Unis, en privilégiant deux orientations : d’une part, la dérive des institutions sur le plan politique ; d’autre part, les enjeux et les défis de la représentation artistique.

1. Politique : dérives institutionnelles
L’effondrement des tours jumelles à Manhattan met un brusque coup d’arrêt à l’atonie d’un mandat présidentiel entamé dans le doute, suite à une élection fortement controversée. D’emblée, le statut du président se modifie. Quasiment absent de la scène politique, il en devient le centre et s’attache à imposer de lui-même une image de Sauveur. Cette soudaine évolution n’est pas, dans un premier temps, de nature à inquiéter commentateurs et citoyens. La prérogative présidentielle s’exerce dans les moments de tension extrême et sa mise en œuvre est en parfaite concordance avec une lecture lockéenne de la Constitution américaine. Dès lors que la sécurité du peuple est en jeu, il appartient au titulaire du pouvoir exécutif de transgresser les normes formelles inscrites dans la loi fondamentale pour assurer le bien public. Le consensus observé au lendemain de l’attaque s’inscrit donc dans la logique d’un schéma institutionnel inauguré par les Fondateurs et sanctionné par l’histoire de la nation. Drapé de son uniforme de commandant en chef des forces armées, George W. Bush voit sa cote de popularité grimper vertigineusement, et une simple résolution, approuvée massivement par les deux assemblées, lui permet d’engager ses troupes contre les bases d’Al Qaida en Afghanistan. La guerre contre le terrorisme étendue à l’Irak, selon des modalités très équivoques, accroîtra encore davantage la marge de manœuvre de l’hôte de la Maison Blanche. La présidence deviendra impériale ; la dérive constatée se fera au détriment des deux autres pôles du pouvoir et érodera les droits individuels des citoyens américains. La spécificité de l’ennemi terroriste permet de définir un nouveau statut, celui de « combattant illégal », qui vide de leur substance les accords de Genève sur les prisonniers de guerre. Des ressortissants américains se voient déniés les garanties inscrites dans le huitième amendement (habeas corpus, jury populaire), ce qui ouvre grand les portes du centre de détention de Guantanamo. La pratique de la torture s’inscrit dans une dérive populiste dont certains proches du président se font écho dans les médias (John Yoo par exemple.) Le Patriot Act instaure de nouvelles pratiques censées protéger le peuple américain et qui, de fait, sont des instruments d’espionnage et de manipulation. Le colloque sera une invitation à débattre de ces problématiques liées à la dérive inquiétante de la branche exécutive. Nous donnons une liste non exhaustive des questions qui pourront être abordées :

  • Spécificité de cette dérive de la présidence, à l’aune d’autres crises vécues au cours de l’histoire américaine (Guerre de Sécession, Pearl Harbor etc.)
  • Causes et étendue de l’adhésion populaire et médiatique à la politique de l’administration dans la période suivant immédiatement les attentats.
  • Apparition progressive d’une opposition, formes prises par cette vague de questionnements.
  • Réaction des différents pouvoirs institutionnels (Congrès, Cour Suprême) ainsi que des médias.
  • Rôle joué par les lobbies dans la dérive institutionnelle et sa remise en cause.
  • Attitude des grands partis face à l’activisme présidentiel.
  • Conséquences possibles de cette crise sur l’évolution future des institutions américaines.


2. Représentations du 11 septembre : enjeux éthiques, défis esthétiques

Si, comme l’écrit Jay Parini dans son poème « After the Terror », « Everything has changed, though nothing has », quels sont les défis posés par l’attentat du World Trade Center en termes de témoignage et de mémoire, de traumatisme personnel et collectif, de représentations historiques et fictionnelles, et plus généralement de récits figuratifs et interprétatifs ?

Ce furent d’abord des poèmes, souvent intimes, puis des pièces de théâtre, alors que romanciers et cinéastes restèrent plusieurs années en suspens. Le protagoniste du roman de Ian McEwan, Saturday, s’interroge ainsi : « The times are strange enough. Why make things up ? » La fiction est-elle confrontée depuis le 11 septembre à une nouvelle ère.  Le désastre peut-il être transfiguré en art, arrachant à la terreur de la jouissance ? Quelles peuvent être les fonctions de l’art dans un tel contexte ? L’art comme témoignage de l’expérience brute ; l’art comme forme de deuil et de guérison ; l’art comme moyen de donner un sens à la réalité ; l’art comme résistance ou comme collaboration aux discours politiques de la période ; l’art comme véhicule d’accès à l’émotion ou à la vision tragique ; l’art comme performance, répétant ou transcendant le traumatisme originel ; l’art comme vigie morale, veillant sur « the fellowship of the dead » (DeLillo)… ?

Le roman du 11 septembre ou de l’après 11 septembre est-il un « nouveau genre » ? Si oui, comment le définir, et en quoi consiste-t-il ? Le 11 septembre figure déjà comme toile de fond, cadre, sujet, procédé narratif, ambiance culturelle, esprit du temps, dénouement… dans de nombreuses productions de la décennie. Si, comme le fait remarquer le romancier Philip Beard, il est impossible d’ignorer « the ultimate elephant sitting in the middle of the room », peut-on dire que toute la littérature de l’après 11 septembre traite du 11 septembre, ou de la trace de l’événement, condamnée en quelque sorte à le confronter, que ce soit frontalement ou figurativement, in presentia ou in abstentia ?

Quelles formes prendra le « contre-récit » qu’appelle DeLillo pour contrer les ruines que le 11 septembre a laissées dans son sillage ? Dans un monde ébranlé, privé des consolations modernistes comme des ironies postmodernistes, quelles pourront être les métamorphoses de la littérature pour assurer sa survie ? L’ère du roman est-elle passée, comme le prétend V.S. Naipaul ? La nouvelle est-elle plus apte que le roman à rendre « la nature hallucinatoire » de l’événement, comme l’affirme Joyce Carol Oates ? Ou est-ce le roman graphique, la bande dessinée, la photographie ou le cinéma qui sont les mieux à même d’aborder l’événement dans son instabilité et de répondre au défi de l’innommable ? La fiction est-elle en mesure de rivaliser avec le pouvoir des images documentaires, ou celui de visions créatrices telle la mémorable couverture noire du New Yorker signée Art Spiegelman ? Ou est-ce le reportage non littéraire qui, s’étant approprié le territoire et les outils de la fiction, peut rendre à la vérité son dû, selon des modalités encore inaccessibles à la fiction ?

Les dilemmes posés par le 11 septembre incluent non seulement la difficulté/l’impossibilité de présenter ce qui ne peut l’être, mais le défi moral lié à l’élaboration de récits commensurables à l’événement, sans exploitation, trahison ou falsification. Se posent des problèmes de propriété, d’appropriation, de légitimité, de voyeurisme et de censure, tout comme de tensions entre présentations directes, frontales, littérales, qui mettent en cause l’obscénité de la monstration, et recréations plus obliques, indirectes, figuratives et symboliques. Dans ce contexte, quelles perspectives théoriques, notamment postcoloniales, peuvent aider à rendre compte des processus plus larges mis en jeu dans ce nouveau défi esthétique ? Entre continuité et rupture, quelle sera la marge d’évolution du récit ? Etant donné que la singularité la plus remarquable de l’événement tient à sa nature spectaculaire, les limites inhérentes au langage trouveront-elles une forme de dépassement dans les témoignages visuels ou d’autres interprétations artistiques de ce désastre ?

Le colloque sera l’occasion de réfléchir aux différents aspects de la relation entre éthique et esthétique autour de la question de la (re)présentation et de la recréation des événements du 11 septembre et de leur impact.

Les communications pourront se faire en anglais ou en français (25 minutes maximum, afin de laisser une marge pour questions et discussion).
Propositions : il conviendra d’adresser à Gérard Hugues (gerard.hugues@wanadoo.fr) pour le volet 1, ou à Sylvie Mathé (sylvie.mathe@univ-provence.fr) pour le volet 2, un résumé de moins d’une page, en dégageant les mots clés, accompagné d’un bref CV, d’ici le 15 mars 2010.

* * *

 Perspectives on 9/11, organized by the LERMA (Aix-Marseille University) conjointly with the research group ERIC LINT (“The Lower Manhattan Project”, Figura, UQAM, Montreal) on October 7 - 9 2010 in Aix-en-Provence

Scientific committee : Gérard Hugues, Sylvie Mathé, Richard Phelan and Sophie Vallas for the LERMA ; Annie Dulong and Bertrand Gervais for ERIC LINT.


Call for papers International Symposium

This symposium will focus on 9/11 and its aftermath in the US from two general perspectives : first, the political impact on American institutions; secondly, the challenges, ethical and aesthetic, posed to representation.

1. Politics: crisis in American institutions
The collapse of the Twin Towers in Lower Manhattan put an abrupt end to a first presidential term that had begun in a lackluster mood after a highly controversial election. The status of the president was immediately altered. Thus far absent from the political scene, he now staked his claims and attempted to stand up as the Savior of the nation. This sudden evolution failed to arouse concern amongst political editorialists and citizens alike. The presidential prerogative had to be exercised every time the country was on the brink of a major crisis and its enforcement was in perfect harmony with the Lockean interpretation of the US Constitution. As soon as the safety of the people was under threat, it became the duty of the executive magistrate to breach the legal limits to his power inscribed into the law, in order to secure the public good. In the aftermath of the attack, the massive popular support for the president was therefore consonant with the scheme of government contrived by the Founders and validated by the nation’s history. When he addressed his people as Commander in Chief, George W. Bush’s approval rating skyrocketed and a joint resolution, readily voted by Congress, empowered him to commit US troops against Al Qaeda’s training camps in Afghanistan. The war on terror, extended to Iraq under fallacious pretexts, was to further enlarge the executive sphere and the presidency then took on a decisively imperial turn. This drift towards greater centralization was detrimental to the other two branches of power and infringed upon US citizens’ individual rights. The current enemies did not come under the usual definition of war prisoners as prescribed by the Geneva agreements and were branded as “unlawful enemy combatants.” Even American citizens won over by terrorist groups found themselves deprived of all the guarantees contained in the eighth amendment (habeas corpus, trial by jury) as they saw the doors of Guantanamo Bay prison being opened wide. Torture, constantly denied by the administration, was also part of this populist drift acknowledged and defended by some of the president’s aides, John Yoo in particular. The Patriot Act initiated new practises alleged to have been enforced for the protection of the people but which turned out to be tools of surveillance and manipulation. The colloquium will address these issues related to the the disquieting albeit not novel evolution of the executive branch. Among the topics that may be discussed (list not exhaustive):

  • How far is the 9/11 drift of presidential power different from previous similar situations (Civil War, Pearl Harbor etc.)?
  • Causes and magnitude of the popular and mediatic consensus in the wake of the attack.
  • Slow and gradual emergence of an opposition with special emphasis on the forms it took.
  • Reaction (or absence thereof) of the other poles of power (Congress, Supreme Court) and of the media.
  • Role played by lobbies in the process of extension of presidential power.
  • Attitude of the major parties toward presidential activism.
  • Possible consequences of the crisis upon the future evolution of US institutions.

2. The challenges of representation: ethics and aesthetics

If, as Jay Parini writes in his poem “After the Terror,” “Everything has changed, though nothing has,” what are the challenges posed by the attacks on the World Trade Center in terms of witnessing and recalling, personal and collective trauma, historical and fictional representations, and more generally figurative and interpretive narratives?

First came poems, often intimate, then plays, while fiction writers and film directors demurred for several years. As the protagonist in Ian McEwan’s Saturday reflects, “The times are strange enough. Why make things up?” Has fiction been confronted since September 11 with a new era? Can disaster be transmuted into art, wresting jouissance from terror? What may be the functions of art in such circumstances? Art as the witnessing of raw experience; art as mourning and healing; art as a way to make sense of reality; art as an agent of resistance to or complicity with political discourses of the period; art as a means to capture the emotional story or the tragic vision; art as performance, repeating or transcending the original trauma; art as moral vigil, keeping watch on the “fellowship of the dead” (DeLillo)…?

Is the 9/11 or the post-9/11 novel a “new genre”? If so, how can we define this genre and what does it comprise? September 11 already figures as background, setting, topic, plot device, cultural atmosphere, spirit of the time, dénouement… in many of the recent productions of the decade. In keeping with the novelist Philip Beard’s remark that it is impossible to ignore “the ultimate elephant sitting in the middle of the room,” can we say that all literature after 9/11 is about 9/11 or the trace it left, somehow having to contend with it, whether frontally or figuratively, in presentia or in abstentia?

What forms will the “counter-narrative” that DeLillo calls for to counteract the rubble left in the wake of September 11 take? In a shattered world deprived of both modernism’s consolations and postmodernism’s ironies, what forms can literature morph into so as to survive? Is the novel’s time over, as V.S. Naipaul claims? Are short stories better suited than novels to the “hallucinatory nature” of the events, as Joyce Carol Oates contends? Or is it graphic fiction, comics, photography or film that can best meet the instability of the events and the challenge of the unnameable? Can fiction compete with the power of visual documentary images or that of creative visions such as Art Spiegelman’s haunting black New Yorker cover? Or is it non-fiction that, having appropriated the tools and territory of fiction, can give truth its due in ways that fiction is still groping for?

The dilemmas posed by 9/11 include not only the difficulty/impossibility to present the unpresentable, but the moral challenge of elaborating narratives that will be commensurate to the event, without exploiting, betraying or falsifying it. Questions of ownership, appropriation, legitimacy, voyeurism and censorship may be raised, along with tensions between direct, frontal, literal presentations that engage the obscenity of showing, and more oblique, indirect, figurative and symbolic recreations. In this context, what theoretical perspectives, including postcolonial writings, may be helpful in assessing the larger processes involved in this new challenge to aesthetics? Are narratives of continuity to be replaced by narratives of rupture? Given that the most striking singularity of the event lies in its spectacular nature, do the limitations inherent in language find a countering in the visual records or other artistic interpretations of the disaster?

We invite papers that will address aspects of the issues raised by the adjustment of aesthetics to ethics in the (re)presentation and recreation of the events of September 11 and their aftermath.


Presentations, in English or in French, should be limited to 25 minutes to allow ample time for questions and discussions.
Abstracts (under a page, with key-words and an abbreviated CV) should be sent by March 15, 2010 to Gérard Hugues (gerard.hugues@wanadoo.fr) for the workshop on politics, or to Sylvie Mathé (sylvie.mathe@univ-provence.fr) for the workshop on representations.
 

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