geographie
 
      

Résumé de thèse

BABY-COLLIN V., 2000 : Marginaux et citadins. Construire une urbanité métisse en Amérique latine. Etude des cas des barrios de Caracas (Venezuela) et des villas d’El Alto de La Paz (Bolivie).

La ville, caractérisée par la densité des interactions sociales, est aussi porteuse de processus d’exclusion (en France), terreaux de l’underclass états-unienne, de la marginalité latino-américaine. A partir d’un corpus de huit quartiers marginaux caraquéniens et alténiens, est questionnée la marginalité spatiale, puis son report social sur les populations résidentes (par le biais d’indicateurs sociaux, démographiques, culturels et économiques). L’analyse révèle que la marginalité est inapte à rendre compte des formes d’intégration observées, inopérante pour caractériser de situations devenues majoritaires dans les métropoles latino-américaines.

Par un renversement de perspective, les modes de construction citadine montrent que, envisagés comme des sujets actifs et non plus comme des objets prédéterminés, les citadins des marges s’inscrivent dans la ville par leurs expériences spatiales, comme ils s’affirment de la ville, déployant des échelles d’appartenance emboîtées dépendant de facteurs divers (rôle du temps, de la maison, des réseaux relationnels).

Les citadins de pratiques et de cœur sont cependant marginalisés par des discours souvent réintégrés émanant des élites formelles. Face à cette citadinité tronquée d’une citoyenneté négligée, les habitants des marges affirment leur droit à la ville. Si les associations de quartier et certaines ONG sont discréditées par leur clientélisme, l’émergence d’acteurs collectifs prend corps sur les bases territoriales des quartiers, quand les mobilisations sont portées par des leaders motivés, mais aussi au sein de groupes religieux, sur des bases génériques ou générationnelles.

La métropole semble fragmentée entre formels et informels, affectée par un repli sur des zones de résidence et de loisirs réservés, bien que subsistent des interstices partagés. Mais plus encore, les urbanités - tant les interactions sociales que les rapports entretenus à l’espace urbain - se métissent : les habitants des marges évoluent entre marginalité et citadinité, entre intégration et exclusion, dans cet entre-deux instable, ce va-et-vient entre valeurs distinctes qui caractérise le métissage. Intégrant et se réappropriant cultures et territoires de la formalité, générant rejets, confrontations, mais aussi incorporations de l’informel par le formel, ils participent à l’élaboration permanente de l’urbanité métisse, dans un processus d’échanges et de rencontres, aux contours à la fois flous et fluides.

Mots-clés : marginalité / citadinité / citoyenneté / urbanité / métissage / ville / amérique latine / informalité / Bolivie / Venezuela
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